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Quelques textes, poésies et citations

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Les chats (Charles Baudelaire - Les Fleurs du mal)

Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

Amis de la science et de la volupté,
Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres ;
L'Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin ;

Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

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À une chatte (Charles Cros - Le coffret de santal 1873)

Chatte blanche, chatte sans tache,
Je te demande, dans ces vers,
Quel secret dort dans tes yeux verts,
Quel sarcasme sous ta moustache.

Tu nous lorgnes, pensant tout bas
Que nos fronts pâles, que nos lèvres
Déteintes en de folles fièvres,
Que nos yeux creux ne valent pas.

Ton museau que ton nez termine
Rose comme un bouton de sein
Tes oreilles dont le dessin
Couronne fièrement ta mine.

Pourquoi cette sérénité ?
Aurais-tu la clé des problèmes
Qui nous font frissonnants et blêmes,
Passer le printemps et l'été ?

Devant la mort qui nous menace,
Chats et gens, ton flair, plus subtil
Que notre savoir, te dit-il
Où va la beauté qui s'efface ?

Où va la pensée, où s'en vont
Les défuntes splendeurs charnelles ?
Chatte, détourne tes prunelles,
J'y trouve trop de noir au fond.

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Les neuf vies du Chat (Julia Deuley - La sagesse des chats)

Un vieux matou, mathématicien émérite mais fort distrait et incroyablement paresseux, somnolait à l'entrée d'un temple. De temps à autre, il entrouvrait un œil pour compter les mouches du voisinage et replongeait presque aussitôt dans sa douce létargie.
Shiva vient à passer par là. Emerveillé par la grâce naturelle, toute féline, que l'animal avait conservée, malgré un embompoint considérable dû à son oisiveté, le Seigneur des Mondes lui demanda :
- Qui es-tu et que sais-tu faire ?
L'autre, sans même entrebaîller ses paupières, marmonna :
- Je suis un vieux chat très savant, et je sais parfaitement compter.
- Magnifique ! et jusqu'où peux-tu compter?
- Mais voyons, je peux compter jusqu'à l'infini !
- Dans ce cas, fais-moi plaisir. Compte pour moi, l'ami, compte ...
Le chat s'étira, baîlla profondément, puis, avec une petite moue de dédain amusée, se mit à réciter :
- un... deux... trois... quatre...
Chaque chiffre était prononcé d'une voix plus murmurante et vague. À sept, le chat était à moitié endormi. À neuf, il ronflait carrément, âbimé dans un sommeil béat.
- Puisque tu sais seulement compter jusqu'à neuf, décréta le grand Shiva, souverain des Sphères, je t'accorde neufs vies.
C'est ainsi que les chats disposèrent de neuf existences.
Mais Shiva, qui était aussi un subtil philosophe, médita longuement. Le matou lui avait assuré qu'il pouvait compter jusqu'à l'infini. Certes, il s'était arrêté au chiffre neuf, puis s'était endormi. Or, le sommeil, sans nom, sans forme, sans pensée, n'est-il pas une fidèle préfiguration de l'infini ?
Alors Shiva compléta son décret : au bout de ses neufs vies le chat accéderait directement à la félicité suprême.

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Le chat (Charles Baudelaire)

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux ;
Retiens les griffes de ta patte,
Et laisse-moi plonger dans tes yeux,
Mêlés de métal et d'agate.

Lorsque mes doigts caressent à loisir
Ta tête et ton dos élastique,
Et que ma main s'enivre du plaisir
De palper ton corps électrique,

Je vois ma femme en esprit. Son regard,
Comme le tien, aimable bête,
Profond et froid, coupe et fend comme un dard,

Et, des pieds jusques à la tête,
Un air subtil, un dangereux parfum,
Nagent autour de son corps brun.

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Femme et chatte (Paul Verlaine)

Elle jouait avec sa chatte,
Et c'était merveille de voir
La main blanche et la blanche patte
s'ébattrent dans l'ombre du soir.

Elle cachait - la scélérate ! -
Sous ses mitaines de fil noir
Ses meurtriers ongles d'agate,
Coupants et clairs comme un rasoir.

L'autre aussi faisait la sucrée
Et rentrait sa griffe acérée,
Mais le diable n'y perdait rien ...

Et, dans le boudoir où, sonore,
Tintait son rire aérien
Brillaient quatre points de phosphore.

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Le chat qui ne ressemble à rien (Robert Desnos)

Le chat qui ne ressemble à rien
Aujourd'hui ne va pas bien.

Il va visiter le Docteur
Qui lui ausculte le coeur.

Votre coeur ne va pas bien
Il ne ressemble à rien,

Il n'a pas son pareil
De Paris à Créteil.

Il va visiter sa demoiselle
Qui lui regarde la cervelle.

Votre cervelle ne va pas bien
Elle ne ressemble à rien,

Elle n'a pas son contraire
A la surface de la terre.

Voilà pourquoi le chat qui ne ressemble à rien
Est triste aujourd'hui et ne va pas bien.

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Le petit chat

C'est un petit chat noir effronté comme un page,
Je le laisse jouer sur ma table souvent,
Quelques fois il s'assied sans faire de tapage,
On dirait un joli presse-papier vivant.
Rien en lui, pas un poil de son velours ne bouge;
Longtemps, il reste là, noir sur un feuillet blanc,
A ces minets tirant leur langue de drap rouge,
Qu'ont fait pour essuyer les plumes ressemblant.

Edmond Rostand, Musardises.

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Les chats répliquent!

"Que serait un dompteur sans ses fauves,
un chevrier sans ses chèvres,
Ainsi en est-il de l'écrivain sans son chat
On a pas le droit d'être écrivain
si on ne possède pas un chat!

Cet humain peu exigeant et très disponible
sera obligé d'en passer par tous nos caprices.
Nous pourrons dormir sur ses notes
et autres paperasses,
donner des coups de pattes dans son stylo à encre
au moment de la signature d'un contrat ou
nous promener sur le clavier de son ordinateur..."

Extrait "L'art d'être chat", Sylvie Chassé, Henri Turin

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Le chat

Je souhaite dans ma maison
Une femme ayant sa raison,
Un chat passant parmi mes livres,
Sans lesquels je ne peux vivre.

Guillaume Apollinaire, Le poète assassiné

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Le chat et le soleil

Le chat ouvrit les yeux
Le soleil y entra.
Le chat ferma les yeux
Le soleil y resta.
Voilà pourquoi le soir,
Quand le chat se réveille,
J'aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil.

Maurice Carême

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La fleur

Oh! La jolie fleur dans la vitrine!
Oui c'est un petit pavot blanc.
Je ne vous parle pas des petits pavots, je vous montre la fleur d'en bas, tachetée de clair et de sombre, veloutée, avec deux gouttes de rosée qui brillent, et de grandes étamines blanches pointues...
Tiens je me trompais, ce n'est pas une fleur, c'est un chat...

Chats de Paris, Colette

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Mon petit chat

J'ai un petit chat,
Petit comme ça,
Je l'appelle Orange.
Je ne sais pourquoi
Jamais il ne mange
Ni souris ni rat.

C'est un chat étrange
Aimant le nougat
Et le chocolat.

Mais c'est pour cela,
Dit tante Solange,
Qu'il ne grandit pas !

Maurice Carême

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L'homme et ses deux chattes

Un homme avait deux chattes :
Une blanche, une rousse.
Les deux chattes l'aimaient, du moins le croyait-il.
La rousse sortait bien ses griffes de ses pattes
Lorsqu'il la caressait ; mais la blanche était douce
Même en jouant avec la pelote de fil.
Au petit déjeuner qu'il prenait avec elles,
Chaque matin sous sa tonnelle,
Les regardant laper leur lait
- Petits coups prudents, langues roses -
Volontiers notre homme expliquait
L'amour et son mystère à sa bonne morose.
" Voyez, lui disait-il, qu'elles sont différentes
Elles m'aiment autant, je le sais, je le sens.
Un étranger croirait pourtant
Que la blanche est la plus aimante ;
Elle ronronne dès que j'approche la main.
Détrompez-vous ; la blanche est la plus douce ;
L'autre griffe, mais que, demain,
J'oublie de caresser la rousse :
Son beau regard en sera rembruni.
L'amour n'est pas toujours un sentiment uni ;
C'est vrai pour l'homme et pour la chatte.
Remarquez que la blanche, aussi bien, en mourrait…
La douceur n'est pas sans passion.
Et ce n'est pas sans passion
Et ce n'est pas tout que le lait. "
" Voire ! disait la bonne en poussant son balai,
Et un profond soupir de commisération,
Que Monsieur essaie donc, un jour,
D'oublier le lait dans la jatte. "
Notre homme, brisant là, pensait que les commères
Ont sur les subtilités de l'amour
Des vues extrêmement sommaires.
L'idylle aurait duré toujours ;
Mais le destin en voulu que les chattes grandissent ;
Et qu'au premier concert donné par un matou
Une nuit, elles déguerpissent.
Devant l'homme navré, tout seul avec sa jatte,
Qui contemplait son inutile lait,
La bonne posant son balai
Se planta et lui dit, les deux mains sur les hanches :
" Maintenant qu'on n'a plus les chattes
Le plus triste est qu'on se demandera toujours,
Ou de la rousse ou de la blanche,
Laquelle aimait le mieux Monsieur ! "
Notre homme détourna les yeux…
Les filles sont toujours sur la plus haute branche ;
Tout s'envole quand vient la saison des amours.

Jean Anouilh,
Fables

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Il a neigé

Il a neigé dans l'aube rose,
Si doucement neigé
Que le chaton noir croit rêver
C'est à peine s'il ose
Marcher.
Il a neigé dans l'aube rose,
Si doucement neigé
Que les choses
Semblent avoir changé.
Et le chaton noir n'ose
S'aventurer dans le verger,
Se sentant soudain étranger
A cette blancheur ou se posent,
Comme pour le narguer,
Des moineaux effrontés.

Maurice Carême

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Le chat et la création

Le premier jour de la création, dieu créa le chat, qui l'ignora aussitôt.
Le deuxième jour, dieu créa l'Homme pour servir le chat.
Le troisième jour, dieu créa les animaux et les végétaux afin qu'ils puissent servir de nourriture ou de jouets pour le chat, et il créa le chien, le faire-valoir du chat.
Le quatrième jour, dieu créa le gagne-pain, afin que l'Homme puisse travailler pour le bien du chat.
Le cinquième jour, dieu créa le moelleux panier de grand luxe, afin que le chat puisse persister à dormir dans une boîte en carton.
Le sixième jour, dieu créa la science vétérinaire afin de garder le chat en santé et l'Homme cassé comme un clou.
Le septième jour, dieu essaya de se reposer, mais il lui fallut de toute urgence nettoyer les litières.

Auteur inconnu

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Le chat et l'oiseau

Un village écoute désolé
Le chant d'un oiseau blessé
C'est le seul oiseau du village
Et c'est le seul chat du village
Qui l'a à moitié dévoré
Et l'oiseau cesse de chanter
Le chat cesse de ronronner
Et de se lécher le museau
Et le village fait à l'oiseau
De merveilleuses funérailles
Et le chat qui est invité
Marche derrière le petit cercueil de paille
Où l'oiseau mort est allongé
Porté par une petite fille
Qui n'arrête pas de pleurer
Si j'avais su que cela te ferait autant de peine
Lui dit le chat
Je l'aurais mangé tout entier
Et puis je t'aurais raconté
Que je l'avais vu s'envoler
S'envoler jusqu'au bout du monde
Là-bas où c'est tellement loin
Que jamais on n'en revient
Tu aurais eu moins de chagrin
Simplement de la tristesse et des regrets
Il ne faut jamais faire les choses à moitié.

Jacques Prévert,
Histoires et d'autres histoires

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On a calomnié les chats. Ils ont une tendresse,
et une tendresse intelligente. Quand je suis bien portant,
la chatte saute sur le pied de mon lit et
s'y tient coite ; quand je suis malade,
elle se couche contre ma poitrine, et comme
elle a horreur de la barbe, elle me lèche de
temps en temps le bout du nez comme un baiser.

Journal d'Edmond et Jules de GONCOURT

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Le lion est-il vraiment roi?
Car faut-il être grand et fort pour régner?
Moi, je suis doux, je suis tendre et je suis câlin,
Ne sont-ce point là plus nobles qualités?
Je suis Chat, et je suis Roi...

Callista

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Le chat des bas quartiers et des allées [...] conserve toujours, en dépit des maraudes et de l'adversité, ce primitif et libre instinct de panthère qui le poussait jadis à déambuler dans les cours des temples de Thèbes; il fait encore preuve de cette acuité et de cette suffisance dont l'homme ne lui a jamais appris à se départir.

Hector Hugh Munro (l'oeuf carré)

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Pendant la tentation de saint François, le Diable fut tellement irrité par la résistance du moine que, en dernier recours, il lança à ses trousses une armée de souris, pour qu'elles grignotent ses vêtements et mordillent ses pieds nus. Cependant, François ne renia point sa foi et, comme par enchantement, un chat surgit de nulle part et, apparemment fou de rage, bondit à l'attaque et dispersa les souris du Diable.

Conte chrétien traditionnel

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Embrasse le chat noir,
Cela te fera grossir;
Embrasse le chat blanc,
Juste pour mieux maigrir.

Sir John Denham (XVII ème siècle)

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Car il est l'instrument pour enseigner
La bonté aux enfants.
Sans lui, une maison est incomplète,
et l'âme est dénué de bénédiction.

Jubilate Agno de Christopher Smart (1854)

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Malheureusement pour les chats, ils sont toujours jugés par rapport aux chiens, dont la fidélité, l'attachement et la sagacité font souvent l'objet d'admiration. Le caractère du chien [...] serait, s'il était examiné dans un esprit universel, mis en accusation. Il abandonne ses congénères pour devenir l'esclave soumis et le parasite flagorneur de l'homme. Voyez donc comme le chat ne renonce jamais à sa dignité [...] pour la gratification de l'humanité. Il est lié à la royauté, puisque le chef de sa famille n'est autre que le lion, le roi de la forêt. Ce lien de parenté a dû engendré l'adage : Seul un chat peut dévisager un roi.

"Intéressantes anecdotes du monde animal" de Thomas Brown (1834)

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Un chat attrapa un moineau et s'apprêtait à le dévorer lorsque l'oiseau lui dit : "Un gentilhomme ne mange jamais avant de s'être lavé le visage". Le chat, frappé par cette remarque, reposa le moineau et se mit à se toiletter de la patte, mais l'oiseau s'envola. Fort vexé, Minou s'exclama : "dorénavant et pour le restant de ma vie, je mangerai d'abord et me laverai ensuite". Et c'est bien ce que font les chats, jusqu'à ce jour.

"Le livre des Chats : chroniques de bavardages" de Charles H. Ross (1868)

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Pour les rats de la grange, il fait figure de tigre,
Les musaraignes craignent ses griffes
Mais à mes yeux, ce n'est qu'une boule câlinante
Qui me fait toujours patte de velours.

D'un anonyme du XX ème siècle.

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À un Chat

Ami majestueux, tendre et noble,
Condescends à t'asseoir près de moi et tourne
Tes yeux glorieux qui sourient et qui brulent,
Tes yeux d'or, hydromel chatoyant de l'amour,
Vers la page dorée que je lis.

Algermon Swinburne

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Un appel au chat en matière d'amour

Les hommes parcourent bien des miles,
Les chats gravissent bien des tuiles,
Tous risquent leur vie en lice;
Seuls les chats, en chutant
D'une maison ou d'un mur,
Retombent sur leurs pieds,
Dressent la queue,
Et puis s'en vont !

Thomas Flatman

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Ils prennent, en songeant, les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au font des solitudes
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin

Charles Baudelaire

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Du plus loin que l'humanité se souvienne, dans les textes, dans les pierres, sur les murs, le chat fut ainsi : le mobile dans l'immobile, la pensée dans le sommeil, l'attente fébrile dans l'indifférence, le besoin impératif dans la patience... Cette façon de se mettre hors du temps, d'être là tout en étant ailleurs... Nous ne savons pas ce que nous cherchons alors que la vraie réponse est là, depuis toujours, dans le sphinx, dans le chat...

Texte extrait de "Au bonheur des chats", Édisud, Aix-en-Provence, 2001

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On les a fait venir!

Je suis le chat de cimetière,
De terrain vague et de gouttière,
De haute-Egypte et du ruisseau
Je suis venu de saut en saut.

Je suis le chat qui se prélasse
A l'instant où le soleil passe,
Dans vos jardins et dans vos cours
Sans avoir patte de velours.

Je suis le chat de l'infortune,
Le trublion du clair de lune
Qui vous réveille dans la nuit
Au beau milieu de vos ennuis.

Je suis le chat des maléfices
Condamné par le Saint-Office ;
J'évoque la superstition
Qui cause vos malédictions.
Je suis le chat qui déambule
Dans vos couloirs de vestibules,
Et qui fait ses petits besoins
Sous la porte cochère du coin.

Je suis le félin bas de gamme,
La bonne action des vieilles dames
Qui me prodiguent le ron-ron
Sans souci du qu'en dira-t-on.

Epargnez moi par vos prières
Le châtiment de la fourrière
Où finissent vos émigrés
Sans demeure et sans pedigree.

Poésie d'Henri Monnier (écrivain et caricaturiste français né à Paris (1799-1877)
Merci à Stéphanie pour sa contribution.

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Lapalissade !

Le chat noir de la palissade
Promène son museau partout,
C'est un pirate en embassade,
Le chat noir qui s'en vient chez nous.
Dans le jardin ou sur le toit,
En mille et une escapades
De tous côtés, il est le roi.

Il est le tigre du Bengale
Et le prince des maraudeurs,
Sa moquerie est sans égale :
Ce chat-là est un chapardeur.

Il faut le voir, cet escogriffe,
Ce gracile animal ingrat
Qui lacère à grands coups de griffe
Les détritus de papier gras.

Il mène sa vie à sa guise,
Ne faisant que ce qui lui plaît,
Il se complaît dans des bêtises
Qui ne valent pas un couplet.

Et cependant si ce vaurien
Ne commet que des incartades
A la maison, on l'aime bien,
Le chat noir de la palissade.

Poésie d'Henri Monnier (écrivain et caricaturiste français né à Paris (1799-1877)

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Le petit Chat (anonyme)

J'aime beaucoup mon petit chat,
Ce n'est pas que je vous déteste,
Mais moins que vous il est ingrat,
Méchant, hypocrite et le reste !

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Auteur anonyme

Sur le chemin de Chatham,
J'ai vu un homme avec sept femmes.
Chaque femme avait sept sacs,
Chaque sac contenait sept chats,
Chaque chat avait sept chatons :
Combien cheminaient vers Chatham ?

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Le Chat et les Oiseaux (Esope)

Un Chat qui avait entendu dire qu'il y avait des oiseaux malades dans le quartier se déguisa en docteur et se mit en route pour aller les ausculter. En arrivant devant leur logis, il demanda comment se portaient les occupants. "Très bien, merci", lui fut-il répondu, "pourvu que vous partiez".

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Paradis perdu (Ernest Hemingway)

En tous cas, je veux un chat : je veux un chat, je veux un chat tout de suite ! Si je ne peux pas avoir des cheveux longs, et si je ne peux pas m'amuser, je peux au moins avoir un chat.

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Douze dialogues de bêtes (extrait) (Colette)

On dirait que je dors, parce que mes yeux s'effilent jusqu'à sembler le prolongement du trait velouté, coup de crayon hardi, maquillage oriental et bizarre, qui unit mes paupières à mes oreilles. Je veille portant. Mais c'est une veille de fakir, une ankylose bienheureuse d'où je perçois tout bruit et devine toute présence ...

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La Maison de Claudine (Colette)

Il est un jeune chat, gracieux à toute heure. La boule de papier l'intéresse, l'odeur de la viande le change en dragon rugissant et minuscule, les passereaux volent trop vite pour qu'il puisse les suivre de l'oeil, mais il devient cataleptique derrière la vitre, quand ils picorent sur la fenêtre. Il fait beaucoup de bruit en tétant parce que ses dents poussent ... C'est un petit chat, innocent au milieu d'un drame.

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Les Vrilles de la vigne (Colette)

À fréquenter le chat, on ne risque que de s'enrichir. Serait-ce par calcul que, depuis un demi-siècle, je recherche sa compagnie ? Je n'eus jamais à le chercher loin : il naît sous mes pas. Chat perdu, chat de ferme traqueur et traqué, maigri d'insomnie, chat de librairie embaumé d'encre, chats des crémeries et des boucheries, bien nourris mais transis, les plantes sur le carrelage ; chats despotes qui régnez sur Claude Farrère, sur Paul Morand, et sur moi ...

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Le Chat (extrait des Fleurs du Mal) (Charles Baudelaire)

Dans ma cervelle se promène,
Ainsi qu'en son appartement,
Un beau chat, fort, doux et charmant,
Quand il miaule, on l'entend à peine.

Tant son timbre est tendre et discret ;
Mais que sa voix s'apaise ou gronde,
Elle est toujours riche et profonde,
C'est là son charme et son secret.

Cette voix qui perle et qui filtre
Dans mon fonds le plus ténébreux,
Me remplit comme un vers nombreux
Et me réjouit comme un philtre.

Elle endort les plus cruels maux
Et contient toutes les extases ;
Pour dire les plus longues phrases
Elle n'a pas besoin de mots.

Non, il n'est pas d'archet qui morde
Sur mon coeur, parfait instrument
Et fasse plus royalement
Chanter sa plus vibrante corde,

Que ta voix, chat mystérieux,
Chat séraphique, chat étrange,
En qui tout est, comme en un ange,
Aussi subtil qu'harmonieux !

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La Chatte métamorphosée en femme (extrait) (conte de Jean de La Fontaine)

Un homme chérissait éperdument sa Chatte ;
Il la trouvait mignonne, et belle, et délicate,
Qui miaulait d'un ton fort doux.
Il était plus fou que les fous.
Cet homme donc, par prière, par larmes,
Par sortilèges et par charmes,
Fait tant qu'il obtient du destin
Que sa chatte en un beau matin
Devient sa femme, et le matin même,
Maître Sot en fait sa moitié.

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Les Vrilles de la vigne (Colette)

Il y a bien des années, dans ce quartier des "Débits de boisson", des petites épiceries qui ont encore un portillon à sonnette et un pot de géranium dans la vitrine, entre le litre d'eau de Javel et le paquet nouilles, arriva une chatte blanche, sans tache au jabot, sans mouche noire sur l'oeil. La vieille couturière en journées, l'antique fruitière se souciennent encore qu'elle s'appelait Princesse. Elle sortait la nuit, aimait les soutes à charbon, et rentrait au petit matin, souillée de noir. C'est ce noir qui, outre le sang hasardeux et les amours anonymes, teignit peu à peu sa progéniture. Quelques lys sans tache persistent çà et là ... Mais voyez le demeurant de la veine princière : coiffe grise, petites pattes chaussées d'une boue indélébile, manteau de rayure vulgaire ... Sur le poitrail même, l'ombre monte. Mais l'oeil bordé délicatement de noir, un arrière-sourire distingué, une dignité d'adolescente disent encore à qui sait voir : "Ici, sur cette terrasse du petit café, s'assit autrefois, face à un manant de gouttières qui avait bien du charme, une princesse blanche ...".

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Le Chat (extrait des Fleurs du Mal) (Charles Baudelaire)

De sa fourrure blonde et brune
Sort un parfum si doux, qu'un soir
J'en fus embaumé, pour l'avoir
Caressé une fois, rien qu'une.
C'est l'esprit familier du lieu ;
Il juge, il préside, il inspire
Toutes choses dans son empire ;
Peut-être est-il fée, est-il dieu ?
Quand mes yeux vers ce chat que j'aime
Tirés comme par un aimant,
Se retournent docilement
Et que je regarde en moi-même,
Je vois avec étonnement
Le feu de ses prunelles pâles,
Clairs fanaux, vivantes opales,
Qui me contemplent fixement.

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